Au supermarché de l’espoir (Afrique-France).On ne connaît pas encore le thème, mais si l’on met à part l’inusable sujet de la sécurité, difficile de ne pas penser qu’après la Cop 21 le sommet Afrique-France de Bamako devrait être l’événement-miroir du grand rendez-vous vert qui vient de s’achever. Lire

Journal de guerre (d’un vendredi à l’autre). – Nous sommes samedi et cela fait une semaine que l’on a ramassé les corps mitraillés du centre de Paris. Hier matin, un autre vendredi, les nouvelles de l’assaut donné à un hôtel de Bamako ont concrétisé, de manière dramatique, cette formule de guerre planétaire contre l’islam radical dont tout le monde parle désormais. Les amis, la rue, les médias : tout le monde parle de guerre… Lire

Une réflexion à partager sur l’Etat et la culture : La nyangoya est un vice répandu au Mali et sans doute dans d’autres pays d’Afrique. Difficile de traduire en français cette notion qui désigne un mélange d’égoïsme, de jalousie et de bassesse. La structure culturelle BlonBa (théâtre, audiovisuel), chargée par le ministère de l’administration territoriale de réaliser un programme d’éducation civique intitulé « A nous la citoyenneté », a donné à ce vice une figure devenue depuis célèbre dans tout le pays, celle de l’ignoble Banyango… Lire

La culture et le mouvement : Etats généraux de la Culture au Mali. – L’art, c’est une politique. Le Mali de 2015 est confronté à cette formule, qui devrait être méditée. L’art témoignera de la politique en train de se faire. Et il sera porté par une vision politique où la culture a toute sa place. Il y a quelques signes qui pourraient être positifs… Lire

Brèves de presse.-  Le secteur des médias est-il en train de bouger au Mali ? Après des années d’immobilité, des indices montrent que la situation pourrait évoluer. Projet d’école de journalisme, lancement de la nouvelle instance de régulation et émergence de la télévision privée, nouveaux projets éditoriaux… Lire

La culture facteur de paix, vraiment ?- Le Mali prépare ses Etats généraux de la culture. Ce sera en juin et le thème de la rencontre n’étonnera personne : la culture un « levier pour la paix et le développement ». Lire

L’attentat.- Le 7 mars 2015 restera une date dans l’histoire du Mali. C’est la première fois que le conflit au Sahel a fait de Bamako un champ de bataille. Pour tout le monde dans la capitale malienne « c’était prévisible », et redouté. Article paru le 1/04/15 dans le quotidien REPORTERS (PDF).

L’émergence, la norme, et la famille.- L’Afrique est aujourd’hui un continent en émergence. Face aux dépressions économiques occidentales, les taux de croissance affichés de 5 à 7 % font penser qu’il y a en Afrique davantage qu’un simple rattrapage productif, tiré par l’expansion démographique. Le Forum de Bamako, pour sa quinzième édition, a donc choisi de s’interroger sur l’Afrique émergente à l’an 2035, car il faut bien se donner un horizon… Lire

La nation historique et ses illusions.- Le Mali, et parfois ses meilleurs intellectuels, s’exalte de l’idée d’une nation malienne immémoriale, plurielle et conçue pour la bonne cohabitation des communautés qui la composaient. Il suffirait de retrouver cette vertu principielle pour reconstruire un « vivre ensemble ». Dans cette vision, l’Etat colonial et post colonial constitue une rupture dans l’harmonie, et il convient de dépasser ce cadre inadéquat. Lire

Des 101 Maliens à Lassana Bathily, ce héros. Un Malien d’origine, A. Coulibaly, fait partie des barbares, et tout le monde a noté que sa vocation religieuse, pour être récente a été fulgurante, mais c’est de ce bois dont sont faits les Djihadistes, surtout de banlieue. Heureusement un autre Malien a été le héros positif de cette équipée sanglante.  Lire

Charlie au Mali.  L’islamisme extrémiste se pose de lui-même comme un défi global, non seulement à l’Occident et à ceux qui partagent certaines de ses valeurs, mais au monde entier. Parmi d’autres, Robert Badinter vient de redire que les Musulmans sont les premiers touchés par la vague sanglante du terrorisme. Lire

Négociations intermaliennes : l’accord et le possible. Une intervention à l’IRSEM (Institut de recherches stratégiques de l’Ecole militaire). Lire

L’illusion malienne ou comment reconstruire le rêve effondré ? Un article d’Antoinette Delafin pour l’hebdo de RFI : une lecture amicale et minutieuse du livre Mali, une crise au Sahel. Lire

Entretien France 24 : la crise malienne ou la nécessaire reconstruction de l’Etat. La démocratie malienne était-elle une “illusion” ? Faut-il remettre les Maliens au “travail” ? Faut-il changer les mentalités ? A écouter : entretien avec Virginie Herz, le 1/07/2014.

L’avenir médiatique au Mali

Bientôt une école de journalisme au Mali : voilà de quoi se réjouir, tant le projet fut annoncé et reporté. Mais on voudrait que cette future école ait des objectifs et un appui à la mesure de l’enjeu. Car former les journalistes n’est pas qu’une affaire de pédagogie (ou de chantier immobilier). Au Mali c’est la question de la démocratie et de son approfondissement qui est posée. Lire

Kidal : négocier, à quel prix ?

Les derniers affrontements de Kidal auront peut-être eu un mérite : mettre fin à un statu quo pourrissant, sans aucun doute néfaste pour la réconciliation nationale entre Maliens. Lire

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Mali, une crise au Sahel : sortie du livre

Publication du livre : Mali, une crise au Sahel (Editions Karthala/ collection Terrains du siècle). Certains articles de ce blog y figurent, revus et fondus dans un ouvrage qui tente de donner des clés pour comprendre la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui  le Mali. Lire…

Couverture Livre

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Voleurs de sexe. – Une pause dans ce blog, qu’on pourra trouver trop sérieux et volontiers pontifiant. Vous souvenez-vous alors de la rumeur des “voleurs de sexe” ? C’était vers la fin des années 1990… Lire

La religion au Mali ou un espace à reconquérir.La question de la place et du rôle de l’islam dans la vie politique du Mali est posée et n’est pas près de disparaître. La crise au Nord Mali lui a donné une visibilité nouvelle, mais celle-ci ne doit pas masquer les vrais enjeux. La communauté malienne fait face depuis de longues années à un choix de société qui n’a peut-être pas été envisagé clairement par les instances politiques. Ont-elles encore le choix ? Lire

IBK : questions sur une victoire. La « vague » IBK, qui a marqué le surgissement de l’ex Premier ministre malien comme favori, puis large vainqueur des élections présidentielles de 2013, a été spectaculaire au point de surprendre même ses soutiens. Comment la comprendre ? Lire

Aider le Mali ou aider les Maliens. Aider le Mali à se “reconstruire” est la feuille de route, désormais, de la communauté internationale. Aider qui, comment ? S’agit-il d’aider les Maliens à mieux maîtriser leur destin ? Lire

Manuscrits en noir et blanc.-  Tombouctou est la ville qui au Mali attire le plus les regards : c’est une vieille histoire, plusieurs siècles déjà.  Mais qui a connu une nouvelle phase avec la dégringolade du Nord Mali et les menaces d’obscurantisme religieux dans la ville aux “333” saints. Lire

Démocratie en vrac. –  Si tout va bien, on votera en juillet 2013 au Mali. Comment, pourquoi ? La démocratie “électoraliste” généralement dénoncée est-elle une impasse, ou n’est-elle qu’un système défaillant qu’il conviendrait d’améliorer – pour amener par exemple le citoyen absent  à aller voter ? Lire

Reconstruire (2) : le défi culturel. – Nous proposons d’ouvrir un débat : et si la question du Nord Mali, qui est à vrai dire la question du Mali et de son intégrité, si cette question n’était pas une question de développement ? Lire

Ne pas noyer ATT avec l’eau du thé…  La France est entrée en guerre contre le terrorisme au Sahel. Comprenons qu’une telle guerre ne se justifie pas par le secours apporté à un Etat défaillant, le Mali (la Françafrique, alors, n’est pas loin) ; mais par une menace mondiale qui nécessitait une réponse mondiale. Lire

Reconstruire (1). – On le sait, on le sent : tout le monde va maintenant parler de reconstruction; les Maliens, leurs amis. Les Maliens surtout. On apprend que le Forum de Bamako va se tenir, pour sa treizième édition dans des conditions inédites, sur le thème de la refondation de l’Etat. On apprend que les députés maliens ont désormais leur “feuille de route” pour l’avenir. Lire

Le pays effondré.- Il est de bon ton d’affirmer aujourd’hui  une opinion sur la crise malienne qui, semble-t-il, est en train de s’imposer. En substance on affirme donc que l’effondrement du Mali était prévisible. Opinion secondaire : tout le monde d’ailleurs savait que la démocratie malienne n’était qu’un leurre… Lire

C’était la IIIe République malienne… Souvenir d’une naissance : la fin de la conférence nationale du Mali inaugurait les institutions de la nouvelle république. Déjà Amadou Toumani Touré était aux prises avec les problèmes du Nord. Lire

Pilleurs de mémoire, les islamistes ont programmé leur échec.-   Les islamistes opérant au Mali ne sont pas très intelligents. En entamant la destruction de mausolées à Tombouctou et, horreur suprême, en s’attaquant à la mosquée Sidi Yahia, lieu saint entre tous pour l’islam maraboutique, ils auront réussi à s’aliéner définitivement une opinion internationale et malienne révulsée.  Lire…

Avoir vingt ans à Bamako.- Avoir vingt ans aujourd’hui à Bamako, c’est être né juste après la grande épopée de mars 1991 et ne plus en comprendre les fastes commémoratifs. Les jeunes Maliens ne savent sans doute pas très bien ce que la démocratie électoraliste leur a apporté, mais ils peuvent  discerner quel chantier est devant eux. Lire

Faut-il en finir avec la CEDEAO ?Une partie de l’opinion malienne récuse sans appel tout ce qui vient de l’extérieur, et sans doute faut-il en tenir compte. Comme il faut tenir compte du discrédit qui frappe l’ensemble de la classe politique. Cette opinion qui honnit « l’Etat Adéma » – dont Dioncouda est un symbole, et en vient à nier que le Mali ait connu depuis deux décennies un processus démocratique, s’est jetée dans les bras des putschistes. Lire

Si j’étais François Hollande. –  Face à la crise au Mali, il y a à penser au-delà de l’urgence. Il y a la nécessité d’une forte implication française capable de s’inscrire dans la durée, à l’écoute des fragilités d’un continent que l’on a négligé de prendre pour un partenaire majeur. Lire

Y a t’il un capitaine à bord ? Le cauchemar continue au Mali, où les armes ont à nouveau retenti. Mais les 14 morts annoncés entre le 30 avril et le 1er mai ne sont pas dus à la reconquête du Nord par l’armée malienne, à peu près le seul front où on ne la voit pas. Non, les militaires ont mieux à faire : se déchirer entre eux  dans un périmètre qui, de la Radio télévision bamakoise au camp de Kati, n’excède pas les proportions du village gaulois qu’est devenu le Mali. Lire

La crise au Mali et l’opinion : Intéressant de noter, dans l’actuelle crise qui sévit au Mali, comment la perception du « problème du Nord » a changé dans les médias européens. La connexion du mouvement touareg avec la mouvance islamiste et le terrorisme rend celui-ci beaucoup moins attrayant. Lire…

D’un 26 mars à l’autre.–  Étrange anniversaire, au goût amer, le 26 mars 2012 a eu lieu dans la confusion d’un putsch sans lendemain.  Tentons de comprendre ce qui s’est passé au Mali, où la question du Nord ponctue chaque phase de son histoire contemporaine. Lire

La question nationale et l’Etat au Mali.Cinquante ans après l’indépendance, constate avec amertume un acteur politique, nous sommes toujours aux prises avec la « question nationale ». Elle resurgit avec le problème du Nord et amène à s’interroger -à l’occasion du Forum de Bamako- sur le fonctionnement de l’Etat au Mali. Lire

Le Nord, toujours. – On sentait le danger. Les médias maliens avaient largement relayé l’accueil des « frères » maliens, ex combattants rentrés de Libye, par un chef de l’Etat soucieux de délivrer un message de concorde et d’apaisement… Lire

ATT en chef de chantier. – Premiers jours de 2012 au Mali, une année qui  s’est ouverte sur une tonalité très électorale. Les échéances s’approchent (avril) pour la succession d’Amadou Toumani Touré à la tête de l’Etat. Lire

La charte de Soundjata et les droits de l’homme africains.- En 1235 se serait tenue, dans la clairière de Kurukan Fuga en pays mandé, une grande réunion « des vainqueurs et des vaincus », au cours de laquelle Soundjata Keita, fondateur de l’empire du Mali,  édicte oralement un ensemble de règles afin d’assurer la coexistence des clans présents. La  codification de ces règles et lois en “Charte” des droits de l’homme africains pose plusieurs problèmes, examinés par l’anthropologue Jean-Loup Amselle. Lire

Les empires médiévaux dans le magazine L’Histoire : .- L’excellent magazine L’Histoire consacre, en septembre, un dossier  à l’Afrique médiévale. Le Soudan ancien y figure, mais aussi les royaumes de l’Est (Ethiopie) et de la côte orientale de l’Afrique, cités marchandes qui s’égrènent sur l’Océan indien entre Somalie et Mozambique actuels, jusqu’au royaume de Zimbabwe. Lire

L’ethnie ou comment s’en passer.- L’ethnie en Afrique, telle que définie par la colonisation, loin d’être une réalité humaine préexistante, n’aurait en vérité existé que pour elle, et pour ses évidents besoins de rationalisation, généralisation, catégorisation et bien sûr administration. Lire

Démocratie, presse : en débat.- Un commentaire reçu de Joseph Brunet-Jailly, quelques précisions, un échange pour que la réflexion commune avance… Lire

2012 : au-delà de la Transition. – Bientôt les présidentielles au Mali. Amadou Toumani Touré, comme son prédécesseur Alpha Oumar Konaré, ont été des hommes de la révolution de 1991 : entendez qu’ils ont été ses acteurs directs. Leur installation au pouvoir signifiait aussi que le Mali était en « transition », vers une démocratie ou du moins un système politique à inventer. Eux s’effaçant, tout autre chose est désormais en jeu. Lire la suite

Presse et démocratie au Mali.-  Peut-être n’y aurait-il jamais eu de révolution démocratique au Mali, sans la presse libre. Sa naissance accompagne pas à pas les évolutions politiques, si elle ne les suscite pas. Mais vingt ans après les événements de mars 1991, cette même presse n’apparaît guère en mesure d’appuyer la consolidation démocratique, là où son rôle devrait être primordial. Lire la suite

Journalistes : former, réformer ? Un séminaire sur l’aide à la presse, dans la verdure du Bois de Vincennes, où sont réunis par le GRET quelques-uns des praticiens de ce qui ressemble à une déjà longue thérapie internationale. La presse en Afrique, cette grande malade ? Lire la suite

De la question touarègue à la poudrière sahélienne. – Dans les années 1990, on parlait de la question touarègue : une rébellion de nomades, confrontés à la loi des Etats-nations. Un parfum de romantisme enveloppait la révolte des Hommes bleus, partis à l’assaut (en juin 1990) de la petite ville de Ménaka… Lire la suite

Ségou la culturelle.- A trois heures de Bamako, la cité paisible longtemps assoupie sur les rives du Fleuve Niger, avec son exceptionnel patrimoine d’architecture coloniale, avec son festival, avec ses restaurants et ses hôtels qui se sont multipliés ces dernières années, pourrait devenir un pôle culturel pour le Mali. Lire la suite

Alpha Oumar Konaré : la gouvernance et le chaos. « Il faut être idiot  pour vouloir gouverner ce pays ». Idiot, ou fou, sous des versions différentes cette formule a été attribuée à Amadou Toumani Touré, au moment où il cédait le pouvoir au premier président élu de la IIIe République malienne, Alpha O. Konaré, après un an de transition.  Lire la suite

Un mardi à Bamako… Rencontre annuelle vouée à la réflexion sur le développement de l’Afrique, le Forum de Bamako avait inscrit en ce mois de février la question de l’entreprenariat à son programme 2011.  Mais a-t-on envisagé cette question très banale : quel est le quotidien de l’entrepreneur,  dans un environnement où rien n’est vraiment adapté à ses ambitions ? Lire la suite

Aujourd’hui, les années “Moussa”.- Comment  aborder la période Moussa Traoré dans un livre d’aujourd’hui ? On peut être tenté d’en faire un bilan purement négatif. Toutefois la fin peu glorieuse du régime ne doit pas, sans doute,  conduire à un tableau sans nuances, concernant un système qui s’est étendu sur la longue durée (23 ans).  Lire la suite

« Travailler » la démocratie.- Quel avenir pour l’Afrique ? La question est revenue de manière ostensible avec la commémoration des indépendances africaines. La crise ivoirienne est venue rappeler comment, en matière de démocratie du moins, l’avenir ne se construit pas au moyen de formules aussi belles qu’inopérantes. Lire la suite

La société et le pouvoir. – Peu de pays ont, sans doute, autant lié leur destin au commerce : dans toute l’histoire du Mali, les commerçants ont été les éléments dynamiques de la société. Des anciens wangaras mentionnés par Ibn Battuta  au XIVe siècle, aux actuels dioulas, ils sont partout présents et forment la classe qui permet l’irrigation d’une économie fondée, avant tout, sur les échanges.  Lire la suite

Etonnants Francophones. – Les Etonnants voyageurs ont à nouveau, du 25 au 28 novembre 2010,  posé leurs valises à Bamako pour une édition spéciale « cinquantenaire ». Avec quelques-uns des témoins de ce demi-siècle qui reste une longue marche vers l’indépendance… Lire la suite

Construire.- Le nouveau siège à Bamako de l’Institut des hautes études en management (IHEM) est achevé. Son édification parachève une aventure entreprenariale de longue haleine, et offre un indice encourageant de réussite, dans un contexte économique malien difficile…  Lire la suite

Obama président du Mali.On ne dirige pas un pays économiquement faible, mais puissamment charpenté par l’histoire et la tradition, comme on commande l’Amérique, pays à la prospérité dominatrice, et à peu près dénué de profondeur historique… Lire la suite

Indépendances cha cha. Indépendance Cha cha, de Kabasélé, dit Grand Kallé,  fut l’hymne des indépendances africaines.Du Congo au Mali, en passant par la Guinée, la musique a accompagné la marche en avant des nouveaux Etats africains. Les régimes, notamment à orientation socialiste, tel celui de Modibo Keita menèrent une politique très volontariste de promotion culturelle. La musique à la fois moderne et enracinée dans les traditions musicales en fut l’emblème… Lire la suite

Khasso : l’Afrique et la « collaboration ». Alors que l’on a beaucoup valorisé les actes de résistance africaine à la colonisation, l’histoire du Royaume de Khasso, qui fit alliance avec les conquérants français au milieu du XIXe siècle, fut celle de multiples formations politiques de l’époque, et à beaucoup d’égards elle peut faire méditer :  cette « collaboration » fut-elle une trahison ? Ou au contraire un choix tactique judicieux, dans son contexte historique ? Lire la suite

Pères de l’indépendance.- Fily Dabo Sissoko, grand adversaire du RDA (Rassemblement démocratique africain, dirigé par Félix Houphouët-Boigny), fut l’un des hommes politiques marquants de l’après-guerre en Afrique. Député à l’assemblée nationale française, il a été victime des âpres règlements de compte qui ont accompagné la main mise de l’US-RDA sur la vie politique soudanaise à l’indépendance.  Sa  réhabilitation a toutefois commencé… Lire la suite

L’indigénat et l’Etat “raciste”. –  Le livre d’Olivier Le Cour Grandmaison, consacré à l’institution coloniale de l’« indigénat » détaille les dispositions du Code de l’indigénat, qui sous la colonisation fixe le statut juridique des colonisés, autrement dit les « sujets » d’une république qui ne connaît par définition que des « citoyens »… Lire la suite

Tierno Monenembo et le roi de Kahel. – Après Peuls, récit historique qui contait l’histoire des dynasties peules du Fouta Djalon, dans l’actuelle Guinée, Tierno Monenembo est revenu à son pays d’origine pour écrire Le roi de Kahel : un récit picaresque sur la colonisation… d’avant la colonie. Lire la suite

De la construction d’un « roman national » au Mali. – Les empires d’El Hadj Omar et de Samori embrassent au XIXe siècle une bonne partie de l’actuel Mali (…)  La mémoire d’El Hadj Omar  est plus présente au Sénégal, tandis que les exploits de Samori ont fait l’objet d’une forte réappropriation par la Guinée. Les Maliens apparaissent pour leur part plus retenus lorsqu’il s’agit de les évoquer. La question se pose donc de la place à réserver à ces pages d’histoire dans un livre consacré au Mali… Lire la suite

La statue d’Archinard.- Déboulonnée à l’indépendance, la statue en bronze de Louis Archinard, premier gouverneur du Soudan, était demeurée à l’abandon à Ségou (…) Elle a été, en janvier 2009,  solennellement réinstallée : ce témoignage pourtant contesté de l’histoire coloniale – il suffisait de lire les réactions dans la presse malienne – était devenu patrimoine national… Lire la suite

Mémoires de tirailleurs.-  C’est l’histoire d’une redécouverte. Ou comment restituer au grand public, en France et en Afrique, la mémoire des tirailleurs ayant combattu – pendant plus d’un siècle – aux côtés de la France. (…) Dans cet esprit est né le projet, monté par Radio France Internationale, d’une opération dédiée aux anciens combattants d’Afrique subsaharienne… Lire la suite

A propos de Maliblog. – Ce blog est conçu comme un journal d’écriture. Il est réalisé en contrepoint de la rédaction du livre Le Mali, à paraître en 2011/2012 aux éditions Karthala dans la collection Méridiens…  Lire la suite

Autres articles :

Seydou Badian Kouyaté : « Le plus urgent, c’était l’hymne »  / Fédération du Mali : un échec traumatisant  / Fédération du Mali (2) : le rôle de Paris, les conséquences à Bamako / Les derniers empires du Mali / La décentralisation : exercices pratiques /  L’aide ou comment s’en passer / Kourouma et la colonisation / Le temps des militaires / L’Etat réarmé et… décentraliséParis-Bamako : un temps de trainLe lieutenant de Kouta /  CirculationLe temps et l’Afrique / Paris-Tombouctou / Ethnographie / Politique africaine

29 April 2010 at 18 h 34 min

Au supermarché de l’espoir (Afrique-France)

Il faut savoir attraper certaines conversations au vol, car de leur côté familier et informel il peut sortir de l’or. Nous parlions donc du prochain sommet Afrique-France, qui aura lieu au Mali fin 2016, début 2017. Ce retour à Bamako a paru étrange à certains, car on peut considérer que le Mali a d’autres soucis dans lesquels se projeter. Mais il ne faut pas méconnaître le poids des hommes et leur sens particulier de l’à-propos : pour François Hollande, l’Afrique se vit au prisme du Mali, où il a connu l’épreuve du feu. Le général Hollande y a gagné son bâton de maréchal, ce qui n’est jamais négligeable quand on sait les désagréments nombreux de la vie diplomatique. Donc, le Mali.

On ne connaît pas encore le thème, mais si l’on met à part l’inusable sujet de la sécurité, difficile de ne pas penser qu’après la Cop 21 le sommet de l’Afrique devrait être l’événement-miroir du grand rendez-vous parisien. Justement, on a beaucoup parlé de l’Afrique à la Cop 21. Et évidemment il était navrant – pour les agacés que nous sommes – de voir qu’on s’est encore attablé pour résoudre l’équation, stupéfiante d’originalité, du moment : combien leur donner (aux pays pauvres) ? Vue sous cet angle, la question du développement –climatisme compris – est à la portée de tous les esprits. C’est une question de flux financiers. Flux financiers à La Valette pour régler les flux migratoires ; flux financiers à Paris pour détourner les pauvres du mirage carboné.

L’avenir, barré comme un chèque ?

Nous – les agacés – on aurait bien aimé qu’à la COP 21 on parle moins de calculs compensatoires et davantage d’initiative et d’inventivité. L’entrée dans l’ère des technologies vertes, c’est pour l’Afrique de l’énergie pure : celle de l’innovation et de l’esprit de mouvement. Elle a tout à gagner à se jeter dans la gouvernance écologique, car c’est de la gouvernance. Et du dynamisme. C’est un chantier encore ouvert, là où les riches pollueurs ont tout un appareillage à réformer. Soyez écologistes, car ainsi vous serez modernes ! Ayez des projets, ayez des ambitions, le financement suivra toujours – tant il est vrai que les bailleurs de fonds se lamentent de toujours en revenir, au final, à payer les fins de mois d’administrations sclérosées.

L’aide au développement a ce problème : elle n’aide pas le développement. Elle aide tous ceux qui n’ont aucun intérêt au développement. Si j’étais un banquier normal, je chercherais à financer les projets qui ont du potentiel, et avec eux des porteurs de projets convaincants, dont l’envie de bouger me saute à la figure. L’envie de bouger n’est pas ce qui frappe le plus quand on voyage en Afrique. Et les banquiers de l’Afrique ne sont pas normaux, ils n’ont pas le sens de l’entreprise.[i]

Voilà, de notre conversation badine, ce qui est ressorti : l’Afrique qui bouge n’est pas un sujet, en dehors de quelques colloques et de gazettes bien pensantes. Et dans l’ensemble, la société ne montre pas grand intérêt au changement : ses conformismes sont trop bien ancrés, et la pauvreté y sert de puissante drogue. La migration, on le sait, a tout pour déplaire – trop de noyés, trop de trafics. Mais elle fait signe : les jeunes fuient des sociétés si inaptes au mouvement. Et il faut sans cesse le répéter, celui qui migre court un risque insensé, c’est en quelque sorte un entrepreneur. Dommage que chez lui il ne trouve pas à exprimer ses audaces.

La migration plutôt que le mouvement. La grande frontière du mouvement africain se trouve dans les écoles et les universités. Depuis trop longtemps, l’école et l’université africaines ne se préoccupent plus des franchissements de frontière. Depuis longtemps l’objectif n’est plus de bien former des individus autonomes et créatifs. L’école et les universités sont des administrations, et tout est dit.

Il faut donc, à Bamako pour la grand-messe des Françafricains, et si l’on veut éviter de perdre son temps, il faut parler de formation, il faut parler de savoirs et de savoir-faire. Mais comme vient de dire l’un de nous, dans la discussion précitée, ne venez pas parler aux Africains de l’horizon 2035, qui fait rêver les seuls cabinets d’études. Car les jeunes à Guédiawaye (Sénégal) ne sont pas si mauvais en calcul : en 2035, j’aurai quel âge ? OK, donc ce n’est pas de moi dont il est question. Moi, je veux savoir s’il y a un plan pour ma gamelle, demain ; et éventuellement ce qui se prépare au prochain semestre…

Curieux comme les planificateurs ont peu d’idées à court terme. Il faut réformer l’éducation en Afrique, qui demeure le seul rempart un peu rembourré contre la vaticination extrémiste ? Oui, mais à supposer que vos plans sont les bons, d’ici l’université réformée – qu’on ne nous promet même pas – on aura eu quelques belles années de djihads flamboyants et autres radicalismes de l’esprit pauvre. Prenez exemple sur les bricoleurs de ceintures d’explosifs : avec trois fois rien, ils vous font sauter la planète, preuve que des écoles de la débrouille sont possibles.

On n’attend pas du grand duopole franco-africain qu’il fasse l’éloge de la débrouille. Mais qu’il laisse venir à lui quelques idées un peu moins empoussiérées par le technocratisme ambiant, cette plaie du développement – on ne ratera jamais une occasion de le dire.

L’école ? Pensons à une éducation alternative, à des formules d’université ouvertes, à des pédagogies populaires, à des formes de tutorat et de partage intergénérationnel : pensons à tout ce que l’associatif peut générer, s’il est encouragé, stimulé. Pensons aux ressources privées et à cet impossible partenariat public-privé que malgré les discours toutes les administrations africaines ont toujours torpillé, car ce n’était ni leur intérêt ni une conviction politique. Pensons à ce grand chantier (connexe) de la culture laissé aux mains des fonctionnaires, quand il devrait depuis longtemps avoir été transmis aux gestionnaires de culture. Pensons au livre : l’Afrique ne lit pas ou mal. Obnubilés par la technomode des « réseaux », nos grands stratèges ont oublié le livre qui depuis des siècles fait des citoyens avec un cerveau, et non des recrues pour la Syrie.

Pensons encore à la scène léthargique des médias, ces accélérateurs d’éducation populaire devenus des faire-valoir de l’immobilisme social, faute de vision – ce qui s’appelle aussi des stratégies de communication.

L’Afrique, on le dit beaucoup, a un problème de ressource humaine. C’est vrai et c’est faux. Car il existe par ailleurs des gens formés et actifs, mais ils restent isolés, submergés. Le problème est plutôt que la logique systémique n’encourage en rien leur promotion, leur visibilité, n’offre pas d’espace à leur action. Et ne favorise pas un mimétisme positif : les hommes sont assez simples, ils suivent les exemples qu’on veut bien leur donner. Il faudrait donc donner de l’air à ceux qui, dans leurs quartiers, sont des acteurs de mouvement. Il est temps que tout le monde s’empare de la vraie discrimination positive, celle qui pousse en avant les capacités individuelles.

Ici, on retrouve au premier chef les médias, qui depuis longtemps n’’ont plus la notion de leur rôle social, eux qui se vivent comme des acteurs politiques en quête de fortune. Le grand levier, de façon générale, de l’énergie sociale c’est les médias ; la société civile doit y trouver son miroir ; les individus leur gratification ; les associations doivent apprendre à y communiquer : tant d’actions menées dont personne n’a la moindre notion !

Oui, vous répond-on, mais les médias ne valent rienen admettant qu’ON ait raison, cela veut dire qu’on renonce au modèle démocratique. La démocratie, dans son génome, c’est : des institutions du pluralisme supportées par une citoyenneté, et celle-ci s’exprime, se forme et s’entretient à l’école et dans les médias. Hors de cela, vous n’avez rien fait.

Regardez au Mali. Le grand souci c’est la réconciliation. Fort bien, vous réconciliez comment ? Vous faites des séminaires sans séminaristes, vous faites des guides et codes de bonne conduite qu’on a simplement oublié de diffuser ? Vous faites des discours empesés à la télévision nationale ? Ou vous lâchez une grappe de griots (exténués par les siècles passés de plein emploi) sur des communautés qui n’aiment rien tant que la parabole – cette grande oreille du futur ?

Les islamistes, eux, ont compris. Ils ont la 4G et ils ont twitter, ils ont des mosquées, des stades pleins à craquer, des radios et ils ont la parabole, des milliers de télévisions pour réconcilier le citoyen avec Dieu et la violence de Dieu. C’est une vision, au-delà des communautés anciennes, de la réconciliation : ils sont modernes à leur manière. On pourrait songer à s’en inspirer, pour réconcilier le citoyen avec un tout autre modernisme.

Moi, jeune malien, j’ai découvert la société de consommation et en redemande. Mais quand je me rends au supermarché, sur les étals de l’espoir il n’y a rien ou ce presque rien qui résume tout : un livre religieux. Il est temps de remplir les rayons.

[1] Lire par ailleurs l’article de Laurent Bigot : L’aide publique au développement n’aide pas l’Afrique

 

15 December 2015 at 21 h 47 min Leave a comment

Journal de guerre (d’un vendredi à l’autre)

Dans le métro, juste à côté de moi, un père de famille algérien parle au téléphone. Une voix s’élève dans le wagon et répète d’un ton narquois : asalamalikoum-rouhia… les trois jeunes costauds qui viennent de monter semblent continuer à bavarder entre eux, mais c’est l’un d’eux en souriant qui répète les formules entendues à ses copains. Ils ne parlent pas français. Visage en lame de couteau, cheveux en brosse, gros cuirs, ils sont roumains ou polonais et ont des gueules de casseurs. Ils quittent la voiture à la station Pigalle, sans qu’on sache exactement ce qu’ils cherchaient à ainsi entre eux « faire l’arabe », avec ce large sourire venimeux que je suis soulagé de voir disparaître. L’Algérien, qui s’est gardé de les regarder pendant ce manège, rempoche son portable et ronchonne. Je lui ai posé spontanément la main sur le bras en lui disant : « il va falloir rester calme pendant cette période ». Il esquisse un sourire, malgré son énervement.

Nous sommes samedi et cela fait une semaine que l’on a ramassé les corps mitraillés du centre de Paris. Hier matin, un autre vendredi, les nouvelles de l’assaut donné à un hôtel de Bamako ont concrétisé, de manière dramatique, cette formule de guerre planétaire contre l’islam radical dont tout le monde parle désormais. Les amis, la rue, les médias : tout le monde parle de guerre. Je voudrais leur dire à tous : je suis journaliste, je crois savoir ce qu’est une guerre. Ici, ceci n’est pas la guerre. J’ai été à Beyrouth, j’ai vécu en Algérie : là-bas on sait ce que c’est la guerre. Mais j’aurais du mal à leur expliquer mon point de vue ; il faudrait dire alors que la guerre a changé de physionomie, et que c’est le monde où nous vivons.

Il y a une semaine exactement la nouvelle des attentats de Paris m’est parvenue, dans la nuit, de très loin : une amie de Pristina m’envoie le message « je suis effondrée ». A mon tour de l’être : à moins d’1 kilomètre de ce théâtre sanglant, je n’ai rien su. Le lendemain matin, au kiosque à journaux, je pourrai dire avec l’air informé à la dame âgée qui découvre les « unes » des journaux : en effet, il y a eu des attentats. Il y a ce jeu de mots qui me reste dans la tête : elle tombe des unes…

Les heures suivantes ont été occupées à vérifier que personne de ma connaissance n’est tombé dans la nasse. Samedi, dimanche, lundi : les jours passent, et personne n’est signalé. Mais samedi soir j’ai pu constater que les amis ont les yeux rougis. Par l’émotion ? Ou par les heures passées devant l’ordinateur ? « Je suis devenu « addicted » avoue la copine Julie. Je lui réponds qu’une brève fréquentation des télévisions d’information m’a dégoûté : « ils remplissent, ce flux d’émotion de commande et ces approximations en direct, non ce n’est pas de l’information ». Jugement sévère pour les envoyés spéciaux à la voix adolescente qui ont passé la nuit dans le stress, mais depuis lors j’écoute la radio et c’est bien mieux. Voir les images : ne pas écouter le réel ?

Je me croyais indemne en matière d’émotions fortes, mais c’est raté. J’ai appris subitement qu’une amie a disparu vendredi. Sa famille est à l’étranger et n’a plus de nouvelles. Je ne sais comment les joindre, je veux savoir moi aussi, car elle ne répond plus, ni au téléphone ni à ses emails. C’est alors le plongeon dans l’autre Paris-en-crise, non plus celui des observateurs affligés, mais celui de qui vient de découvrir qu’il a en lui une chair souffrante. Je me retrouve au centre d’informations des familles des victimes, à l’Ecole militaire. Sur l’immense domaine, des minibus font la navette entre l’entrée et la salle Hoche où a été dressé le centre. Le parcours est très lent, car les allées sont recouvertes de pavés où les véhicules tressautent, et je ne peux m’empêcher de maugréer contre les derniers pavés parisiens encore en activité. Tout est ensuite très professionnel, avec une pointe discrète de compassion. Une dame qui tourne entre les tables où les familiers sont invités à se rafraîchir s’adresse à moi, très engageante : je suis aumônière… Je comprends le message, prends un air dégagé : c’est seulement une personne de ma connaissance, mais je dois vérifier. Elle me dit qu’elle est très impressionnée par l’empathie des militaires en pareil cas ; je lui réponds « peut-être… mais avant tout ils sont dans l’action, ça se voit, et cela surtout est réconfortant. » Mon amie ne figure pas parmi les blessés. Mais dix personnes encore sont à identifier. Vous ne lui connaissez pas un dentiste, un médecin ? Je commence à transpirer abondamment, repars en promettant d’envoyer une photo par internet.

Tenter de joindre la famille par internet : l’information de sa disparition a transité par les réseaux sociaux. Je veux remonter la piste, trouver un contact. Les heures passent. Les policiers chargés des enquêtes se relayent pour m’appeler : vous avez des nouvelles ? Les « amis » facebook qui ont relayé l’information sont très peu amicaux, ne répondent jamais. L’une d’elle me lance finalement : qui êtes-vous ? Je clos sèchement la session, raconte à Marion qui me dit : c’est normal, tout le monde s’excite, ça s’agite dans tous les sens, aucune efficacité, c’est une émotion de dilettantes.

Je me suis gardé jusqu’ici d’avoir une opinion sur le maelstrom de bons sentiments qui a submergé la France. Mais la fatigue aidant, je deviens moins bienveillant. Et me souviens alors de ce cycliste qui, lorsque je revenais de l’Ecole militaire, m’a insulté parce que ma voiture avait fait un écart dans la rue pour éviter un obstacle, au moment où il tentait un dépassement. Je revois le grand gaillard de trente ans juché sur son vélo, qui me fait un doigt d’honneur impérial avant de filer dangereusement dans la circulation. Aussitôt je l’associe à cette « génération Bataclan » dont les médias pleurent le traumatisme ; une génération festive, écolo et tout ce qu’on imagine de léger et de séduisant, qui découvre le doute et l’affliction. Mais mon cycliste n’éprouve, lui, aucun doute, et grâce à lui je referme la boîte aux bons sentiments. Plus tard, j’apprendrai que l’amie disparue a été hospitalisée, sans rapports avec les événements. Le drame étouffe les autres drames.

Pourquoi, comment ? On s’est habitué, depuis les événements de « Charlie », à l’accumulation quotidienne des commentaires, des expertises, des analyses. La France semble transformée en immense machine à commenter. Beaucoup d’intelligences s’expriment, mais des failles apparaissent : « ils ont ciblé notre mode de vie, sachons résister », est un leitmotiv repris par les politiques. Je pense pour ma part que les assassins sont beaucoup plus terre à terre, qu’ils n’ont pas de notion aussi claire sur les civilisations et leur choc. La machine à tuer se sert de petits exécutants déclassés, de paumés comme les banlieues savent en sécréter, mais ses objectifs, eux, sont très rationnels : terroriser pour faire diversion, quand le Califat irakien ploie sous les bombardements. Et pour la justification, même pas besoin d’aller chercher dans le martyrologue palestinien : chaque bombardement occidental en Irak doit bien faire, ici et là, des victimes civiles. Ces collatéraux du langage militaire forment un suffisant prétexte à la terreur civile en Europe.

Les terroristes assoiffés de sang, ces incarnés de la barbarie, sont malheureusement des humains comme les autres : versatiles et convaincus. Expulser les démons du corps symbolique des hommes de bonne volonté n’aidera pas à les combattre. C’est ainsi que l’on feint depuis des siècles de combattre la violence, qui est toujours celle des autres. Mais pour tant d’hommes aujourd’hui sur la terre, nous sommes les violents et les injustes.

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 Ils ont tort, oui. L’islam radical est à combattre, oui. Mais ce qui est erroné dans notre machine à commenter : nous ne convaincrons que nous-mêmes. Me revient alors l’écho la veille d’une discussion enjouée. Sylvie se souvient ce soir-là d’un de ses reportages en Afrique. Elle avait enquêté sur un phénomène collectif qui avait balayé le continent, et qui de temps à autre resurgit encore : l’affaire des « rétrécisseurs de sexes ». Une apothéose de la pensée superstitieuse ! La rumeur de gens (souvent des étrangers à la communauté) doués de pouvoirs de sorcellerie qui par seul frôlement pouvaient vous « voler » votre sexe. Il suffisait alors sur un marché de crier : « il m’a volé mon sexe », et la foule lynchait l’agresseur supposé. Sylvie se souvient d’un protagoniste, avec qui elle avait discuté pour bien le convaincre de cette irrationalité. L’autre, à qui on avait « volé » son sexe, semblait en convenir plus ou moins. « Bon, et maintenant montre-moi, tu as ton sexe ou pas ? » Réponse : ça va, je suis entier. Mais c’est que j’étais au village, je suis allé voir un guérisseur qui me l’a rendu !

La pensée sorcière est une circonférence. Tout y ramène aux bons arguments. La pensée religieuse – dont on ne prétendra pas ici qu’elle est superstitieuse, on n’est pas fou ! – ne fonctionne pas autrement. Tout y fait sens, une fois que la direction est indiquée. La conviction précède le sens.

Une émission de Radio France Internationale entendue cette semaine revient sur la pensée complotiste et ses mécanismes. Un professeur d’histoire raconte comment, au lendemain des attentats de janvier 2015 trop souvent interprétés comme une « manipulation », il s’est trouvé confronté à plusieurs publics – ses élèves, des détenus – où l’on était sûr que, sans aucun doute, il y avait eu complot et que la version officielle et médiatisée était fausse. Raisonnement à l’appui : tout ce qui circulait alors sur les réseaux sociaux faisait preuve, d’infimes indices servant d’argument. Surprise du professeur, il avait face à lui une pensée très construite, où l’on citait des « faits », des auteurs. C’est alors qu’il a pris la mesure du travail à accomplir. Ne pas affronter ses interlocuteurs, ne pas leur assener l’évidence de leurs torts. Ils n’auraient rien entendu. Mais ré instruire toute une méthode de raisonnement et de vérification des faits, de recherche de la source d’une information et de critique de celle-ci.

Oui, il y a du boulot. Et il y a du boulot pour donner leur juste place aux immigrés et fils d’immigrés dans une société qui, croient-ils, « ne les aime pas ». Quand je pars de ce postulat –on ne m’aime pas -, il m’est loisible de construire toutes sortes de raisonnements d’apparence logique sur mon adversaire et ses manigances ; car bien sûr je ne vais pas voir ce qui explique son comportement, et bien sûr je ne vais pas me demander ce qui cloche dans le mien. L’étranger peut très bien alors devenir un voleur de sexe, puisque c’est ma puissance (le sexe !) qui est compromise par son hostilité.

Il est sûr que nous n’avons pas accordé assez d’attention à ceux qui sont Français et ne se sentent qu’insuffisamment français, si on leur renvoie tout le temps à la tête le préjudice de leurs origines. On connaît la formule d’Achille Mbembe selon qui la société française ne s’est pas « auto-décolonisée ». Seulement, et comme l’affirment depuis si longtemps les conservateurs, comment une société – qui ne s’est peut-être pas auto décolonisée mais doute d’elle-même en permanence- peut-elle constituer un cadre de références pour les populations désormais désintégrées, aux yeux desquelles le modèle français n’est plus un modèle ? Les conservateurs ont tort s’il s’agit de ne pas changer le modèle, et de chanter les louanges, par exemple, de la colonisation. Mais les progressistes, aujourd’hui en accusation –raison pour laquelle je m’allie à eux – ont tort s’ils ne voient dans la colonisation qu’une ignominie de la République. La République ne se soutient dans mon esprit que si elle a montré son aptitude à dépasser ses contradictions : la colonisation est, comme l’esclavage, un moment d’histoire qui ne résume pas la République, où l’on peut aussi trouver tout l’attirail qui libère les hommes. De même la conquête sanglante et l’esclavage pluriséculaire ne résument pas l’esprit d’une civilisation de l’islam, qui a eu ses moments historiques de tolérance et de respect de la diversité. L’auto-décolonisation ne passe pas (et sur ce point, si c’est sa pensée, Mbembe a tort) par un examen de conscience, mais par une projection : quelle société voulons-nous, à partir d’une histoire qui impartit à l’ancien colonisateur de savoir quoi faire de son passé, et des peuples qu’il a ramenés avec lui.

Ensuite, Mbembe ne nous parle pas du phénomène d’auto-exclusion. Une amie, camerounaise et incontestablement noire, me disait qu’elle n’avait jamais été confrontée au racisme en France. Un peu interloqué, je lui demandais ce qui expliquait ce rare privilège. Elle me fit un large sourire : en montrant mes canines ! Elle avançait donc, en toutes circonstances, avec un sourire étincelant qui faisait disparaître aussitôt les préventions. Je ne suis pas encore convaincu par l’universalité de la riposte, mais ce témoignage m’est resté en tête. Une autre amie, fille d’immigrés algériens, me confie : ma famille était pauvre. Mais elle a toujours refusé d’être reléguée dans un ghetto pour immigré. Nous avons été élevés au centre-ville d’une grande agglomération, et à vrai dire nous n’avons jamais eu de problème d’intégration. Oui, l’obsession de ses parents, poursuit-elle, était l’intégration. On a aujourd’hui des familles qui cultivent le repli communautaire : rester entre soi, quel meilleur moyen de susciter le rejet ? Si de plus la communauté en question pense collectivement que la société française est une société esclavagiste et colonisatrice, coupable de génocide, elle se donne de puissantes raisons de n’y pas participer.

Bien sûr n’oublions pas la lutte des classes : mes amis de gauche aimeraient bien qu’on ne fasse pas du problème français une question culturelle. Ceux qui réussissent savent fort bien trouver leur place dans la société, signalent-ils. L’humiliation ressentie est à proportion directe de la non-réussite, c’est vrai. Une faiblesse de cette notion, c’est que la non-réussite n’exclut pas ipso facto de la société. C’est quand la concurrence entre catégories sociales se greffe sur le malaise culturel qu’on arrive aux phénomènes aujourd’hui constatés. Et naturellement l’islam n’est pas dans ces circonstances une religion, c’est un signe d’appartenance, une identité : ce qui sert à se faire connaître, mais surtout re connaitre. Ne demandez pas aux nouveaux adeptes s’ils se sont un peu frottés à la théologie. Mais sachez qu’ils ont plein de copains, se stimulent et se soutiennent, et peuvent faire la nique à ceux qui « ne les aiment pas ». Les hommes sont de grands sentimentaux.

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Non, ce n’est pas la guerre pense aussi Régis Debray. Lui parle plutôt d’affaires de police contre « une meute de voyous », qu’il n’y a pas d’armée ni de soldat à Raqa, et l’on comprend que l’Etat-Daech n’est qu’une mafia géopolitique à ses yeux. Ne donnons pas une « dignité historique » à ce qui n’est qu’une nouvelle forme de violence, dit Debray, mais c’est aussi qu’il pleure sur l’histoire, ou plutôt sur Madame H. qui s’est envolée. C’est le titre de son dernier livre : Madame H. ou le sens et la vision de l’histoire. Cette histoire est faite par des croyants, de ceux qui ont une légende et une espérance pour les nourrir. Rappel alarmiste : l’Occident ou la France d’aujourd’hui n’ont d’autre horizon que celui de la comptabilité nationale et du chacun pour soi, une autre façon de dire qu’il faut enseigner aux enfants – les immigrés d’hier sont parmi eux – le goût de l’œuvre collective et de l’imaginaire. Je l’écoute avec Alain Finkielkraut sur France Culture et leur conversation a un air badin et savant qui résume peut-être un art de vivre. « Sauvons les terrasses de café », dit l’un. Oui, n’oublions pas les terrasses et la bière prise aux terrasses, dit l’autre. Ce sera peut-être la grande leçon du 13 novembre : la France est un peuple aux terrasses.

La Terrasse, c’était le nom du restaurant où les terroristes avaient frappé une première fois au Mali, le 7 mars 2015. Malgré cette similitude troublante, les Français ou plutôt leurs médias n’ont guère accordé d’attention à la répétition terroriste de novembre à Bamako. L’événement qui est pourtant un miroir tendu aux Français pourrait leur enseigner, justement, le sens perdu de l’histoire et de ce « fondu-enchaîné » (selon Debray) qui fait de l’histoire un passé-présent. On pourrait alors s’interroger : qu’est-ce qui, au Mali, nous parle de la France d’aujourd’hui ?

Jean-Baptiste Placca, qui est chroniqueur à RFI, ne s’en prend pas ce samedi à la France oublieuse, mais aux parents : à Bamako comme ici, proteste-t-il, «  il devient épuisant d’entendre les parents dire – après que leurs rejetons terroristes ont ôté la vie à des dizaines ou à des centaines de personnes – que c’étaient des enfants sans histoire, des gamins polis et même gentils, bref, qu’ils ne comprennent pas comment ils ont pu commettre de tels attentats… Mais lorsque votre fils n’a pas terminé ses études secondaires, qu’il n’a appris aucun métier, qu’il ne travaille pas mais disparaît puis réapparaît quelques semaines plus tard, sans aucune explication, et vous tend des liasses de billets d’argent – que vous acceptez, sans en demander l’origine –, vous, parents, ne pouvez feindre la surprise, lorsque l’on vous annonce qu’il a pris des gens en otages, tué des innocents, ou qu’il a fait sauter un bus. » Placca, qui s’en prend aussi aux dignitaires musulmans affirmant que leur religion est une religion de paix illustre un glissement sensible de l’opinion. Désormais cette opinion, convaincue d’avoir été laxiste, demande des comptes. Et les politiques épousent la vague, en affirmant leur religion de « l’autorité de l’Etat ». Traduction en Afrique : après d’autres pays, le Sénégal interdit chez lui le port de la Burqa.

Les progressistes protestent – et même s’ils sont peu audibles font ce qu’ils doivent, cela aussi est la démocratie -, contre le retour partout en Europe de l’arsenal sécuritaire. Un « Patriot Act » à la française ? Le politologue sénégalais Mamadou Diouf, qui enseigne aux Etats-Unis, connaît bien la question et s’insurge contre les débordements du tout-sécuritaire : la démocratie, rappelle-t-il, c’est aussi la tension permanente entre sécurité et liberté, et cette tension « doit être administrée ».

Mamadou Diouf qui s’est exprimé sur plusieurs radios, indiquait chez Pierre-Edouard Deldique (RFI) avoir peu apprécié d’entendre la Marseillaise mise à toutes les sauces émotionnelles, considérant que ce sursaut patriotique était aussi une « clôture ». Qu’elle n’aidait pas à comprendre la nature de l’agression « qui dépasse le cadre de la France ». Or, cette réaction inappropriée renvoie à la façon dont les Français se voient : comme un seul peuple où les communautés doivent se fondre. Mamadou Diouf, après bien d’autres, en témoigne : c’est aussi la France qui ne cesse de témoigner d’une difficulté à accueillir la diversité du monde, difficulté d’autant plus frappante que son passé colonial lui impartit la mixité. Et comme beaucoup d’autres intellectuels francophones, Mamadou Diouf a trouvé sa place dans l’université américaine, là où l’institution en France demeure fermée. Ce seul exemple doit faire réfléchir.

 

22 November 2015 at 14 h 06 min Leave a comment

La culture et le mouvement : les Etats généraux de la culture au Mali

A refeuilleter un supplément de la revue Cimaises, consacré en 1997 au Mali, on est saisi par la distance aujourd’hui créée avec ce “moment” : l’art contemporain malien semblait, alors, en pleine efflorescence , illustré par des artistes au parcours original et déjà digne d’intérêt. Abdoulaye Konaté, Ismaël Diabaté, les artistes du Bogolan, Amahignere Dolo, ou encore le photographe Alioune Ba, Yaya Coulibaly, etc. Tout ceci avec l’œil final de Miguel Barcelo. L’art malien était novateur, le pays séduisait, y compris  des figures majeures de l’art contemporain en Europe.

En 1997, la démocratie au Mali traversait de grandes turbulences. Mais le processus avait beau être fragile, il faisait déjà partie des acquis non négociables, inscrits dans l’histoire. Et de manière très significative, cette expérience et sa validité étaient illustrées par le dynamisme culturel. A toutes les époques, on pourrait juger de la valeur d’un système politique à l’essor des arts, à cette foi dans l’avenir dont témoignent spontanément les créateurs quand le contexte s’y prête.

Et aujourd’hui ? La scène artistique s’est figée. Les grandes figures sont les mêmes, et ceci est déjà un signe, mais leur art n’a plus la même fraîcheur, la même capacité stimulante. La crise a créé un fossé entre le Mali et la scène de l’art contemporain qui ne trouve plus à s’y alimenter. Les amis curieux se sont éloignés. La dégradation avait toutefois commencé bien avant : la vigueur culturelle des années 1990 aurait dû être soutenue et développée par des structures et une politique adéquates. C’est le contraire qui s’est produit.  Sous l’égide de la démocratie, le Mali a fait de la politique mais n’a pas eu de politiques.

Malgré les financements extérieurs importants, la dégradation culturelle était prévisible dès les années 2000. Lorsque Valérie Marin La Meslée publie, en 2010, son livre Novembre à Bamako, bel hommage à une culture contemporaine  apparemment foisonnante, elle consigne un état des lieux qui appartient déjà au proche passé.

L’art, c’est une politique. Le Mali de 2015 est confronté à cette formule, qui pourraitt être méditée. L’art témoignera de la politique en train de se faire. Et il sera porté par une vision politique où la culture a toute sa place.

Il y a quelques signes apparemment positifs.  Ibrahim Boubacar Keita a peut-être beaucoup de défauts aux yeux de ses détracteurs, mais on ne pourra lui nier la conscience, souvent exprimée, que la culture est un enjeu pour le Mali. Il a manqué  les années passées d’un leader qui fixe ainsi le cap. On voudrait simplement que la réflexion puisse être nourrie par une vision de la culture comme outil de transformation sociale, ce qu’elle est. Et non comme une pure glorification du patrimoine : or le risque existe, et si le patrimoine est important en soi, il ne peut être un point fixe à l’horizon. On sait bien que le patrimoine “pèse” au Mali, comme l’histoire est elle-même une charge parfois trop lourde, qui ne permet pas de percevoir les enjeux d’un monde en mouvement. Le discours politique peut indiquer que le patrimoine n’est un enjeu que pour aider à construire la culture du présent et du lendemain.

Ceci pour la vision. Et il y a la méthode et les outils. Le Mali se prépare à organiser ses Etats généraux de la culture (reportés probablement à l’automne, ils devaient avoir lieu ce mois de juin). Cet exercice est important, mais son importance doit sans doute être dramatisée : la politique culturelle au Mali a surtout besoin d’un changement de méthode. Et tous les acteurs maliens, étatiques ou privés, qui ont participé aux préparatifs des Etats généraux savent ou pourraient savoir qu’ils doivent se garder de produire le forum de plus qui ne fera qu’aggraver le divorce entre la société et ses cadres institutionnels. La politique culturelle malienne a besoin d’imagination, d’innovation, de projets, comme elle a besoin de réalisme dans l’énoncé de ses priorités. Et elle doit se défier du conformisme (on prend les mêmes et on recommence), du  “on a tout essayé” qui transparaît trop souvent dans les commentaires des gens (légitimement) fatigués, et du “on sait ce qu’on a à faire” qui est l’argument ultime des administrations très peu intéressées par le changement.

Il y a des gens dévoués dans l’administration, il y a des acteurs chevronnés dans la société malienne. Eux n’ont pas à être remis en cause et ce n’est pas l’objet de cette chronique. Mais tous ont besoin qu’on leur donne la perspective. Celle-ci est intégralement politique, et repose sur une évaluation pragmatique de l’état des lieux de la culture. Il serait alors encourageant  qu’un acteur politique puisse le dire : l’Etat malien est faible, il n’a pas de grands financements et il n’a pas les rouages et les personnels adaptés, il n’est donc pas en mesure aujourd’hui d’orchestrer le grand scénario de politique culturelle qui dort dans les rapports et les programmes déjà empilés. Mais il peut donner des orientations et jouer le  rôle crucial d’une administration de la culture, qui est d’accompagner les acteurs, de leur ouvrir des voies, en concentrant ses propres actions sur des objectifs palpables et inventifs. Ce “discours de la méthode” serait déjà, en lui-même, une révolution politique.

Il pourrait avoir un second versant positif : encourager les acteurs culturels à se prendre en charge, à ne plus attendre l’ouverture des guichets à financement qui entretiennent jalousie et concurrence parmi eux, les inciter à s’organiser, à s’entraider. Tout ceci est audible, car les intéressés savent au fond que le système est malsain. Ils accepteront la méthode dès lors que l’Etat accentue ses efforts vers des actions limitées mais concrètes, et s’il se montre capable de définir et respecter règle du jeu. Sans doute il y faut une grande énergie politique, mais jouer “cartes sur tables”, pour un Etat, c’est déjà respecter la citoyenneté.

Les Etats généraux de la culture du Mali sont confrontés à une triple ambition, qui comporte des risques : lier à travers l’énoncé de politique culturelle, les enjeux de la réconciliation et de la décentralisation, qui sont les grands défis du moment. Telle est la feuille de route du forum à venir. Une vision d’Etat modeste, mais résolue, pourrait être bénéfique à son projet.

Un dernier mot : le Mali a grand besoin d’être “reconnecté” à la galaxie internationale de la culture. On peut se féliciter de nouvelles récentes. Alors que la longue sortie de crise du pays semblait à priori peu favorable, les futures Rencontres africaines de la photographie de Bamako, cet automne, ont connu un afflux de candidatures inédit (près de 800). Il faudra sans doute capitaliser sur ce phénomène qui, de plus, touche à un domaine sensible : celui de l’image. Souhaitons que tous en profitent pour relancer une vogue malienne de la photographie d’auteur, les Maliens ne devant pas rester de simples spectateurs de la cohorte internationale qui se prépare.

En remontant un peu, il faut rappeler ici le succès de participation  étrangère lors de la Rentrée littéraire du Mali, en février dernier, qui s’appuyait sur une coopération  inédite avec l’Algérie voisine. Il n’est pas sûr que les Maliens, pris par leurs difficultés du moment,  en aient perçu tous les enjeux. On l’a déjà dit dans ce blog et on le redira : la promotion du Livre et de la lecture devraient être au Mali des objectifs cardinaux de politique culturelle.  Ne parlons pas de Plan Marshall… un plan IBK, alors ?

11 June 2015 at 14 h 19 min Leave a comment

Brèves de presse

Le secteur des médias est-il en train de bouger au Mali ? Après des années d’immobilité, des indices montrent que la situation pourrait évoluer. Projet d’école de journalisme, lancement de la nouvelle instance de régulation et émergence de la télévision privée, nouveaux projets éditoriaux (voir ci-dessous)… le paysage devrait aussi bénéficier du regain d’activités de la Maison de la presse, notamment en matière de formation continue, et d’une stimulation venue des nouvelles radios à statut international : studio Tamani, Radio des Nations Unies, bientôt RFI en bambara.

Si c’est le cas, ce serait une bonne nouvelle pour la démocratie. Le pays est loin encore d’être doté d’un tissu de médias professionnels et économiquement viables (donc plus indépendants), qui soient en capacité d’exercer un contre-pouvoir citoyen. Mais tel est bien l’horizon, et l’enjeu est considérable. Dans la configuration actuelle du Mali, les forces politiques doivent être poussées à se remettre en question, les institutions ont besoin d’être radiographiées, les initiatives de la société civile sont en manque de relais d’information. La population, elle, attend que les médias lui parlent de sa vie quotidienne et de ses difficultés, qu’ils enquêtent sur les services sociaux et le sort fait aux consommateurs, qu’ils soient des lieux de débat sur la sécurité, la justice, l’économie, l’éducation…

Ceci sans oublier le sujet du jour : la réconciliation entre les Maliens. En la matière, la sensibilisation est aussi importante que des actions institutionnelles. Et un nouveau défi, connexe à celui-ci, attend l’appareil politique malien, c’est la décentralisation. La trop faible structuration des médias de proximité, en l’occurrence les radios, ou encore l’absence de réseaux formés de correspondants de presse dans les régions, ne sont pas favorable à l’approfondissement démocratique souhaité. La vie politique locale a besoin d’être observée, documentée, avant de pouvoir être contrôlée par un Etat qui manque pour cela de mécanismes, et de personnels formés. Si le Mali ne se dote pas de ces signaux d’alerte que peuvent être des médias fonctionnels, le chantier décentralisation risque de n’être qu’une démultiplication des mauvaises pratiques.

Il y a donc urgence, et les actions de renforcement des médias doivent être diversifiées et coordonnées. Trop longtemps l’aide aux médias, depuis les années 90 et la vague des libéralisations de l’expression, s’est focalisée sur un thème ou un autre, quand le registre des impulsions à donner est vaste. Régulation, autorégulation, syndicalisation des acteurs, statut et rémunération des journalistes, incitations économiques et adaptation des fonds d’aide à la presse, système de contrôle et de sanctions, actualisation législative, professionnalisation et enseignement des journalistes mais aussi sensibilisation d’acteurs de leur environnement (justice, administration, société civile), etc. On connaît bien maintenant, vingt ans après la démocratisation, les problématiques, mais il a manqué de stratégies planifiées qui dépassent le seul cadre sectoriel pour les aborder. Et du côté des bailleurs de fonds, qui après une phase de suractivité dans le domaine ont souvent déserté l’aide à la presse, la dispersion reste la règle, et la concertation est plus que jamais primordiale.

Quand le .com devient papier : Dans un paysage médiatique sans grand dynamisme, la sortie du Journal du Mali – en version papier et en hebdomadaire – est une nouvelle très réjouissante. On connaissait depuis 2009 le journaldumali.com, seul site malien d’information rédactionnelle, à ne pas confondre avec Maliactu et autres Malijet qui proposent des compilations de presse (ce qu’on appelle agrégateurs de contenus).

Sa version papier est désormais disponible, et c’est un gratuit ! Distribué dans des points de vente sélectionnés, tiré pour l’instant à 5000 exemplaires, cet organe de presse se finance par la publicité. Une innovation, qui vise à créer un nouveau modèle économique pour une presse malienne dont la viabilité reste aléatoire. On en connaît les raisons : faible pouvoir d’achat, conjugué à l’absence de pratique de la lecture chez les Maliens, le tout renforcé par la précarité des lieux et circuits de diffusion. La faible qualité y compris visuelle des médias n’incite pas non plus à l’achat, et le journal du Mali innove aussi en la matière : le choix a été fait d’une maquette en couleur, sobre mais proprement réalisée, d’une sélection plus diversifiée de sujets, et d’un traitement surtout factuel, toutes choses peu en vigueur chez les confrères. Le Journal du Mali hedbo est une initiative de Mahamadou Camara, l’ancien ministre de la Communication.

http://www.journaldumali.com/article.php?aid=10130

De la lecture chez les journalistes. « Les médias maliens sont désespérants », confiait récemment l’auteur d’un livre sur le Mali. « Aucun média du Mali, presse écrite ou radio, n’a cherché à me contacter pour un interview, et à ma connaissance il n’y a pas eu d’article d’analyse sur le contenu de ce livre, qui concerne pourtant les Maliens ! »

Etant également auteur, j’avais pu précédemment mesurer cette indifférence sereine des journalistes du Mali à ce qui s’écrit sur leur pays. Il est vrai que l’exercice de la note de lecture, avant même de passer à l’interview, suppose qu’il y ait un lecteur. D’où la question : les journalistes lisent-ils ?

On dira qu’ils n’ont pas d’argent pour acheter des livres, mais savent-ils que les éditeurs font (parfois !) des services de presse ? Et les bibliothèques, que sont-elles devenues ? Et les centres de ressources (la Maison de la presse en était un, à ses origines) ?

Enfin Internet propose des documents assez abondants, livres ou dossiers spécialisés. Vite, un plan d’accès des journalistes à la lecture…

Pour commencer, un guide (personnel) de quelques extraits :

Mali, une crise au Sahel

Le temps des journalistes

Vive l’école ! Le projet d’école de journalisme est sur les rails au Mali, est c’est là encore une bonne nouvelle. Même si la profession s’impatiente, la direction donnée au projet se précise et la volonté politique ne devrait pas faire défaut. Un rapide tour d’horizon fait cependant apparaître certaine incompréhension sur le projet.

La profession attend de l’école de journalisme qu’elle forme ses journalistes en activité. C’est pour l’heure un peu illusoire, car en dehors de quelques individualités qui voudront faire ou reprendre des études, les médias ont besoin de leurs journalistes, déjà trop peu nombreux. Pour ceux-ci, la voie réaliste est celle de la formation continue.

En attendant, et à supposer que l’école future se dote de capacités en la matière, il faut comprendre que la formation continue est tout autre chose qu’une multiplication de sessions de formations souvent liées à la bonne volonté d’un partenaire extérieur. Il y a déjà quelques années, avait été préconisée l’élaboration, par le ministère de la communication, d’un vaste plan de formation continue, fondé sur une évaluation précise des besoins, en sériant soigneusement les attentes diversifiées des acteurs (presse écrite, radio, journalistes, animateurs, techniciens)… La formation continue s’effectue ensuite, non pas ponctuellement, mais par cycles, et peut être programmée à l’année, sur plusieurs années. Dans la configuration actuelle de la profession, il semblerait logique d’accueillir cette formation à la Maison de la presse, qui développe déjà un programme mieux structuré avec l’Ecole de journalisme de Lille.

Médias et résistance.- Il est devenu habituel de dénoncer le fonctionnement des médias au Mali, leur manque de professionnalisme ou les attitudes mercantiles auxquelles les porte le manque d’assise financière. Pourtant, un rappel s’impose pour mesurer avec plus d’équité leur rôle : après le putsch de mars 2012, la profession a réussi à constituer un front critique à l’égard de cette transition si malheureuse pour le Mali. Les journalistes ont relayé les actions du Front du refus (FDR) et ils ont osé poser les questions qui dérangeaient. Pas tous, bien sûr, mais le mouvement a été assez remarquable, et les journalistes l’ont payé cher, pour avoir été soumis à une répression brutale. Curieusement, cette attitude semble oubliée par ceux-là même qui ont intérêt à revaloriser leur statut. Et il est vrai que le retour à la normale a aussi signifié que les affaires usuelles reprenaient…

Un autre aspect est rarement signalé. Aussi faible et critiquable qu’elle soit, la presse écrite reste au Mali – comme le signalait un responsable associatif – le « dessus du panier ». Tout le monde s’y réfère, et c’est elle, plus que la radio, qui dessine une « opinion » – entendez celle des décideurs et cadres cultivés. Contrairement à la radio, la presse écrite ne brille pas par sa diffusion, et reste très bamakoise dans son impact, mais c’est malgré tout elle qui structure l’espace médiatique. Souvent les observateurs, notamment extérieurs, négligent l’écrit et ne jurent que par les ondes. S’ils avaient réellement accès à ce que diffusent les radios, ils pourraient constater que la situation est pire de ce côté, notamment en contenus d’information. La conclusion est claire : ne pas travailler à améliorer les médias de l’écrit constituerait une grossière erreur, car c’est eux qui tireront le secteur vers le haut.

De même, une action doit être tentée pour diversifier les sites d’information maliens sur le net, sites qui pour l’heure se contentent de reproduire les contenus de la presse écrite. Dans de nombreux pays, notamment à l’Est de l’Europe, où la presse est défaillante et dominée par les groupes d’intérêt privés, ce sont les médias du web qui proposent des innovations rédactionnelles stimulantes. Mais l’information sur internet n’a toujours pas trouvé son modèle économique, et la seule voie réaliste pour le moment est d’appuyer ces sites non rentables par une autre activité, notamment de communication.

28 April 2015 at 13 h 08 min Leave a comment

La culture, facteur de paix, vraiment ?

Le Mali prépare ses Etats généraux de la culture. Ce sera en juin et le thème de la rencontre n’étonnera personne : la culture un « levier pour la paix et le développement ».

A la clôture de l’atelier préparatoire tenu les 9 et 10 avril, une intervention est peut-être passée inaperçue. Un participant appelait à ne pas contourner une réflexion nécessaire sur l’idée de culture. Pour souligner ce qu’on oublie trop souvent : c’est au nom de la culture que les hommes s’entretuent, autant que pour des questions de territoire ou de ressources.

Ce rappel a une conséquence importante. La culture n’est pas en soi un facteur de paix. Elle est, oui, un vecteur de cohésion, pour des communautés qui peuvent cependant ériger leur culture commune contre l’Autre : cet ennemi qui pourrait être un frère.

Les Etats généraux maliens entendent mettre l’accent sur la réconciliation nationale. La réconciliation est le thème majeur du moment, elle a même au Mali son ministère. Cette réconciliation passe par un compromis politique sur la question des institutions, et par des actions de développement, notamment au Nord. Mais le vivre ensemble que vise la réconciliation passe aussi par la culture.

Sur ce thème, des réflexions ont déjà eu lieu. Les Maliens aiment ainsi à dire qu’ils disposent de nombreuses pratiques ancestrales qui ont favorisé au long de leur histoire la cohabitation entre communautés, et qu’il faut réactiver ces pratiques : leur liste est longue, sinankounya (ou parenté à plaisanterie), ton ou sèrè (groupes d’âges), bouranya, kanimaya etc. On souligne aussi le rôle des “médiateurs” traditionnels, griots notamment, et de leur capacité d’intercesseurs.

Le consensus autour de ces valeurs n’est pas sans poser quelques questions. Certaines ont des vertus peu contestables d’apaisement, traversant toutes les communautés et les reliant entre elles (telle la sinankounya). D’autres font penser plutôt à la nostalgie d’une hiérarchisation sociale dont on peut se demander si elle est réellement d’actualité, telle la nyamakalanya qui fonde la société de caste. L’apport des griots peut être aussi positif, s’ils savent adapter leurs interventions à des situations complexes de l’actualité. Le socio-anthropologue Moussa Sow indique ainsi dans une étude que  la contribution des griots peut être une “amorce favorable”, mais qu’elle “finit par buter sur la complexité politique du conflit, sur l’importance des enjeux contemporains, en particulier les intérêts, au sens économique, attachés aux situations en cause. Peut-être devra t-on considérer que leur intervention est un élément de la partition générale qu’il faudra concevoir et jouer mais qu’elle n’est pas toute la partition. Comme toutes les « institutions » sociales concourant au maintien de la culture de la paix, elle est appelée à se redéfinir, à s’adapter aux données sociologiques actuelles.”

Il y a même un risque à imaginer les solutions de l’avenir dans un retour archaïsant à la tradition. Surtout lorsque l’on observe comment cette tradition se fonde sur un modèle historique, celui du Mande (ou monde mandingue) ancien, qui a envahi l’espace identitaire malien au point d’en devenir dominant ; c’est là que commence ou peut commencer l’exclusion*. Or une partie des Maliens est sincèrement persuadée que la culture mandingue est au fondement de leur nation, et toute réserve sur ce point suscite de leur part une incompréhension*. On est là dans un phénomène de culture dominante, et la non prise en compte de cette réalité est très instructive sur l‘incapacité actuelle à faire, comme on dit, « bouger les lignes ».

Le patrimoine, un péril pour la culture !

Généralisons. La culture est une valeur positive, si l’on sait y distinguer la part nécessaire de dynamisme, de mouvement et d’innovation. Le monde change et évolue, et la culture qui se vit, non pas comme une création permanente, mais comme une institution, est déjà une culture sclérosée. Or ce discours est rarement en vigueur, au Mali comme dans d’autres parties du monde.

Aussi les Etats généraux de la culture pourraient-ils se donner comme horizon de donner à chaque communauté la reconnaissance symbolique à laquelle elle aspire, dans un « récit national » plus intégrateur. Que fait-on en effet du malaise identitaire ressenti par les communautés du Nord Mali – et il ne s’agit pas seulement des Tamasheq ? Reconnaître ce malaise, le nommer, l’analyser, au lieu de l’ignorer, serait faire preuve de dynamisme culturel.

Une autre source de difficulté est perceptible au Mali, même si ce fléau frappe la planète entière : c’est le patrimoine érigé en principe de culture. Il suffit que le patrimoine soit menacé, comme ce fut le cas au Mali avec la triste équipée djihadiste, pour qu’il devienne l’alpha et l’omega de la culture. Tout le monde s’en préoccupe, les liquidités de l’aide suivent leur mouvement naturel qui est celui de la pente à la mode, et on se réveille dans un monde patrimonialisé à l’excès. Qui alors va se lever pour rappeler le bon sens : le patrimoine est précieux, si l’on sait à tout moment l’interroger, le mettre en question, et surtout l’actualiser.

Actualiser le patrimoine, que veut-on dire par là ? C’est toute la question de la place accordée aux créateurs, et d’une manière générale à ceux qui cherchent, sans se contenter de l’acquis. Eux seuls peuvent donner une illustration vivante du patrimoine, s’en saisir pour en proposer une interprétation moderne, parfois subversive. Autant le patrimoine est menacé par la folklorisation (le patrimoine ramené à quelques clichés aisément consommables), autant il revit d’être utilisé comme un matériau souple et adaptatif. Les plasticiens comme les créateurs de ce qu’on appelle le spectacle vivant (danse, musique, théâtre) savent puiser dans la tradition pour la détourner de manière ludique, émotionnelle, inventive. Eux sont attentifs aux conflits et tensions du présent, car ils ont un point de vue essentiellement subjectif. Le collectif, lui, consomme le patrimoine sans se poser de questions si on ne lui désigne pas d’autres voies possibles.

Les créateurs ont bien sûr leur place au Mali, mais tout dépend de la promotion et de la visibilité accordées à leur travail. Aujourd’hui, et pour dire les choses en raccourci, la vision de l’Etat privilégie le rôle du patrimoine dans la réconciliation. Ce qui peut signifier une insuffisance de projet pour la société et son avenir, et d’interrogation sur les métamorphoses en cours et sur un vivre ensemble rénové. Un Etat conservateur de culture n’est probablement pas ce qu’il faut au Mali aujourd’hui, dans un monde qui est en profond bouleversement.

Les Etats généraux de la culture pourraient commencer à infléchir la tendance, et inscrire à leur fronton cette autre notion de la paix et du développement : le rôle essentiel d’une culture créative, source de changement. Reconnaître ce rôle, c’est attribuer à la création contemporaine une valeur de réconciliation.

——————–

* Disant cela, il faut préciser : la culture mandingue est bien une ressource identitaire majeure pour le Mali, et cette culture s’est diffusée au long de l’histoire dans les communautés qui composent le pays. Mais la difficulté apparaît lorsqu’un consensus dominant fait du monde mandingue (le Mande) une référence quasi exclusive. Les chercheurs savent faire la part des choses, mais l’opinion commune, elle, ne se préoccupe pas de la nuance et se constitue autour d’idées simples que véhiculent notamment les discours politiques, les médias. Et quand les spécialistes eux-mêmes, ou une partie d’entre eux « ne voient pas où est le problème », on est bien dans un phénomène de rétrécissement identitaire.

 

13 April 2015 at 17 h 56 min Leave a comment

De la nation historique et de ses illusions.

En matière de crises politiques, le diagnostic est crucial pour comprendre de quoi sera faite la solution. Mais le diagnostic est souvent lui-même une partie du problème.

Le Mali, et parfois ses meilleurs intellectuels, s’exalte de l’idée d’une nation malienne immémoriale, plurielle et conçue pour la bonne cohabitation des communautés qui la composaient. Il suffirait de retrouver cette vertu principielle pour reconstruire un « vivre ensemble ». Dans cette vision, l’Etat colonial et post colonial constitue une rupture dans l’harmonie, et il convient de dépasser ce cadre inadéquat.

C’est curieux, mais ce genre de discours s’entend toujours au centre du Mali, pas à sa périphérie. Les périphéries, elles, se soucient peu de l’immémorial en matière de nation ; par contre elles revendiquent leur place ici et maintenant.

Et c’est beaucoup jouer avec les mots. La nation n’est pas une réalité pré coloniale, son concept a une histoire bien déterminée, un parcours dans le temps, que chacun connaît. Et parler de nation pour décrire les formes de sociabilité politique du passé n’est pas qu’un abus de langage, c’est une source de mécompréhension des enjeux du présent. On comprend bien que la nation est ici une formule positive, qui indique la capacité à vivre ensemble, mais il vaudrait mieux s’attacher à d’autres termes pour parler des anciens creusets de communautés et de leurs formes de cohabitation.

Le Mali a une certaine excuse à mésuser de l’idée de nation : il aime sa gloire passée, et peut se référer à la territorialisation ancienne des grands empires, qui n’ont eu à vrai dire d’empires que ce qu’un vocabulaire (d’ailleurs colonial) a bien voulu apposer sur une réalité autrement plus complexe. C’est un peu le même sentiment quand je vois les Européens s’enorgueillir de l’empire carolingien. On voit bien là la trace évanescente de l’histoire romaine, de son prestige. Mais la mémoire rêvée ne fait pas une réalité historiquement fondée.

Le problème des mots est qu’ils figent en entités stables et parfaitement abstraites des processus qui n’ont cessé d’être mouvants, processus d’histoire en perpétuel devenir d’où émergeaient des formules politiques dont l’esprit moderne n’a plus le sens. Et puis la nation est vraiment une sauce un peu insipide pour lier des plats autrement relevés.

Cet usage d’un passé mal nommé a une conséquence directe. Si l’on veut une nation malienne, il faut l’accepter telle qu’elle s’est constituée dans l’intégralité de son histoire, période coloniale comprise. Tout se crée, à tout moment, et le moment colonial fut une création, après bien d’autres, et dans ces créations successives il y a eu bien d’autres périodes d’invasion, d’occupation, et d’adaptation ingénieuse à des réalités venues d’ailleurs : l’islam, qui est aujourd’hui au Mali un référent identitaire, est aussi une réalité venue d’ailleurs.

Le Mali-nation réel vient de tout ceci, et bien sûr il n’a pas enjambé la colonisation. Ou alors il faut révoquer les mots, et à commencer par celui de nation.

Qu’est-ce que cette discussion implique ? Elle implique que la sociabilité politique des temps actuels est à créer, toujours à créer. Les populations ne parviennent pas à s’identifier à l’Etat nation ? D’abord c’est assez faux, si l’on considère avec quelle passion elles défendent leur équipe de football et le prestige de leur nom, et à ce qu’on sache les « Verts » maliens ne viennent pas de l’époque précoloniale, ni leur ballon, et la fédération malienne de football n’a pas pour président Soundjata Keita. Mais on comprend aussi très bien qu’ils ne s’identifient pas à un Etat qui ne remplit pas ses missions d’Etat. Un Européen ne réagirait pas autrement.

La nostalgie est humaine ; elle a beaucoup à voir avec ce sentiment d’impuissance, tellement humain, quand les Maliens perçoivent leur faible emprise sur la construction d’un Etat. Mais la nostalgie ne devrait pas conduire au refus pur et simple de ce qui est. C’est un peu la même chose quand on dispute la démocratie : une mauvaise démocratie n’est pas nôtre ? J’entends bien. Mais je me souviens aussi d’un Mali qui a cru, en masse et avec passion, à son moment démocratique de 1991. C’était un autre pays, sans doute.

Ou alors ne parlons pas de l’Etat, ne parlons pas de la démocratie. Mais parlons de l’Etat que nous voulons, de la démocratie que nous voulons. Dans ces chantiers, j’en vois un qui n’a rien à voir avec la réalité précoloniale, c’est celui de la décentralisation. Bien souvent on a pu critiquer ici la marche malienne vers la décentralisation, au nom du réalisme. Mais le réalisme oblige aussi à reconnaître qu’il y a peu de chantier démocratique capable de mobiliser aujourd’hui au Mali, comme celui de la décentralisation. Souscrivons à la décentralisation. Mais c’est un chantier, disons-nous. Et bien sûr on jugera les ouvriers à leur travail, à leur réalisme, à leur sens du détail et de la finition. Ce n’est pas de la nostalgie.

 

13 March 2015 at 10 h 01 min Leave a comment

L’attentat *

Le 7 mars 2015 restera une date dans l’histoire du Mali. C’est la première fois que le conflit au Sahel a fait de Bamako un champ de bataille. Pour tout le monde dans la capitale malienne « c’était prévisible », et redouté.  Mais selon de nombreux observateurs, la concomitance de l’agression avec les discussions finales autour de l’Accord d’Alger ne pouvait être une simple coïncidence.

« Je regarde deux choses, soulignait un ancien ministre malien : le moment et la revendication. La coïncidence avec l’accord d’Alger ne peut être fortuite, c’est une chose. De l’autre, la revendication est claire, et ne fait pas allusion à l’accord. Il y a eu convergence de deux stratégies. »

L’une d’elle aurait donc consisté à faire pression sur les mouvements de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), au moment pour eux de parapher l’accord d’Alger. De fait, quelques jours après l’événement du 7 mars, la nouvelle tombait : la CMA ne pouvait pas adhérer, en l’état, à l’accord d’Alger. Ceci tout en affirmant, dans des termes soigneusement choisis, rester dans le processus. Or pas plus le gouvernement malien que la médiation internationale ne sont disposés (et l’ont aussitôt réaffirmé) à prendre en compte la revendication centrale de la rébellion : la reconnaissance de l’Azawad comme une véritable entité politique, dotée d’autonomie **. Ce dialogue pour le moins étrange a ainsi ouvert une nouvelle période d’incertitude.

Que peut-on alors comprendre de ce qui se joue dans la négociation inter malienne ? On ne peut d’abord exclure que les populations de la région de Kidal soient hostiles à un règlement de la question où l’Etat de l’Azawad serait passé par pertes et profits. Depuis deux ans, les esprits ont été conditionnés à sa revendication, dont l’abandon pur et simple ne peut advenir sans une progressive sensibilisation. Mais la réalité de la situation humanitaire invite à un point de vue différent : les populations du Nord sont exténuées et spécialement exposées à l’insécurité alimentaire (qui concerne selon de récentes estimations quelque 15% de Maliens, notamment au Nord). L’accès à tous les services sociaux est précaire, et les écoles sont fermées depuis 4 ans, sans compter le maintien de quelques 100 000 réfugiés hors des frontières, et l’existence de près de 80 000 déplacés. Il est donc probable que la question est dominée par d’autres facteurs, qui concernent les intérêts stratégiques des groupes en présence.

Les leaders politico-militaires savent qu’une normalisation leur fera perdre l’avantage de la situation militaire créée, en mai 2014, par le déplacement malheureux du Premier ministre Moussa Mara à Kidal. Mais les choses commencent à s’inverser : sur le plan diplomatique, leur position devient inaudible, et des sanctions contre les membres de la CMA ne sont plus à exclure ; militairement, l’activisme des milices et d’un mouvement armé loyaliste comme le Gatia (Groupe autodéfense touareg imghad et alliés, créé à la mi-2014) constitue une nouvelle menace.

La CMA doit aussi tenir compte de la difficile position du gouvernement malien. Les oppositions intérieures sont nombreuses à l’accord d’Alger, et la protestation ne peut que s’amplifier face à des mesures considérées, à tort ou à raison, comme une désagrégation de l’Etat***. Il semble illusoire de penser que d’autres concessions peuvent être consenties sans créer un front anti-accord resté pour le moment discret.

Mais il y a aussi des facteurs invisibles, auxquels tout le monde pense : les narcotrafiquants, qui continuent à prospérer dans le Nord Mali, n’ont sans doute aucun intérêt à un processus de normalisation. Les djihadistes maliens de la mouvance Ançar Dine, dirigée par Iyad Ag Ghali, non plus, s’ils doivent être exclus du jeu. Or la « récupération » dans le processus politique d’Ag Ghali, resté très influent à Kidal, apparaît difficile, voire impossible. Ceci alors que sa connexion avec le djihadisme international lui laisse un vaste champ d’action, tant que la situation en Lybie, ou encore au Nigeria, ne s’est pas stabilisée.

Ceci n’incline pas à l’optimisme, mais il y a aussi, comme on l’a vu, quelques raisons objectives de boucler positivement le processus d’Alger. Pourvu que celui-ci n’apparaisse pas comme un processus fermé, et on en revient à la logique d’un accord cadre, moins ambitieux mais plus réaliste. Par rapport aux négociations précédentes (depuis 1991) sur la crise inter malienne, la situation apparaît beaucoup plus épineuse : la méfiance est maximale entre les parties ; et le contexte international est très dégradé. Il faut, comme l’on dit, « renouer les fils du dialogue » entre Maliens, tout en le sécurisant, et laisser le temps au temps, car la configuration compliquée de la sociabilité malienne a montré que des mécanismes anciens existent pour favoriser la cohabitation, mécanismes qu’il faut rendre à nouveau effectifs.

Ce qui a pour l’Algérie une conséquence non négligeable, comparativement aux efforts anciens de médiation. Elle devra cette fois se projeter, au-delà d’une action diplomatique momentanée, par une implication désormais pérenne dans ce qui constitue son environnement régional naturel. Sécurisation durable et développement sont, pour le Mali comme pour son grand voisin, les deux défis du futur au Sahel. Un « bon » accord d’Alger ne serait ainsi qu’un commencement. Et l’on comprend ainsi qu’une reconversion de la diplomatie algérienne dans la région en serait sa conséquence.

* Article paru dans le quotidien Reporters, du 1/04/2015. Lien : Page REPORTERS_1_04

* L’accord d’Alger cite l’Azawad comme une réalité symbolique et mémorielle, sans lui donner de contenu politique.

** Les critiques visent notamment les élections des présidents de région au suffrage universel (et non indirect) ; et dénoncent l’instauration d’une « préférence » régionale en termes d’emploi et de représentativité dans l’administration.

 

10 March 2015 at 9 h 44 min Leave a comment

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